« Pour juger du passé, il aurait fallu y vivre, pour le condamner, il faudrait ne rien y devoir ». Cette phrase de
Montalembert est pour moi lumineuse : elle me donne l’assurance que si le passé a des aspects contestables et profondément regrettables (pour lesquels d’ailleurs l’Eglise a su faire
repentance en l’an 2000), les événements qui ont construit notre civilisation d’aujourd’hui, avec ses grandeurs et ses gloires, s’enracinent dans la grande Histoire des hommes. Elle a été
façonnée et pétrie par des courants de pensée, des enthousiasmes personnels et collectifs, des combats et des révolutions qui sont nés à chaque génération sur les idées et les idéaux des sociétés
qui aspiraient à grandir, à croître vers un meilleur, un « mieux vivre ensemble ». Les chemins empruntés ont parfois conduit à des impasses. Mais l’idéal qui habite tout homme est
tourné vers un progrès, vers une croissance, c’est évident. De cet idéal est né à travers les œuvres humaines des progrès effectifs qui
ont fait grandir l’humanité entière.
Je voudrais m’attacher à souligner le rôle du christianisme, le rôle de l’Eglise dans ce progrès, sans oublier que bien des institutions, bien
d’autres courants philosophiques, spirituels ou intellectuels ont aussi apporté cette croissance à l’humanité entière : on appellera cela le patrimoine commun à toute
l’humanité. On peut en minimiser la diversité des richesses, mais il n'est pas intellectuellement honnête d'oublier aussi la grandeur et la noblesse
apportée par le christianisme à l’humanité entière.
Si on regarde les 2000 ans d’histoire qui nous séparent de Jésus-Christ, nous constatons que dans bien des domaines, l’humanité demeure dans les ténèbres. Les guerres, les
génocides sont toujours d’actualité. Autrefois, les peuples se faisaient la guerre, et la loi du Talion était de rigueur. Si l’Evangile n’est pas arrivé à apaiser les antagonismes, l’Eglise a
sans doute contribué à les rendre moins fratricides : le pardon et l’amour des ennemis est au cœur
du message chrétien. Ainsi, on a vu les ennemis fraterniser le temps d’une veillée de Noël, dans les tranchées de la première guerre mondiale. Les agressions inter-ethniques, racistes,
antisémites, si elles ont longtemps été tolérées même au sein de l’Eglise, sont aujourd’hui largement combattues au nom même de la fraternité universelle que le Christ apporte à l’humanité
entière.
Le développement des peuples, au-delà des apports immenses, dus aux progrès de la médecine, de la science, des techniques, ont aussi été largement soutenus et promus par l’Eglise.
Les moines défricheurs du Moyen-Age ont développé sans conteste l’agriculture avec ses techniques qui ont évolué au fil des siècles.
Les abbayes, les centres religieux, en plus d’être des centres de culture, universitaires, ont souvent rayonné également les arts, les
lettres. La Bible de Gutenberg, les universités du Moyen âge se sont développées dans l’élan missionnaire de la fin du Moyen âge et de la Renaissance.

La peinture de Giotto ou de Fra Angelico, la sculpture de Michel Ange, la musique de Mozart ou de Bach, l’architecture des bâtisseurs de cathédrales et celle du Corbusier, les
fresques de Chagall ne sont ils pas les fruits de leur foi associée de leur génie créatif ?
Les médicaments, les plantes médicinales ont souvent été expérimentées dans les couvents. A la Révolution française, beaucoup de
doléances ont été rapportées par le clergé qui assumait ce rôle d’érudition auprès d’une population majoritairement illettrée.
Les écoles, les hôpitaux sont nés du désir de l’Eglise de permettre au plus grand nombre
d’accéder à la formation, aux soins. Nombre de congrégations religieuses ont été fondées et demeurent au service de la promotion sociale des femmes,
chez nous, et désormais ans de nombreux pays du monde.
Aujourd’hui encore, la moitié des malades du SIDA dans les pays pauvres sont accueillis dans les structures catholiques. Les soins
palliatifs ont aussi germé dans la tête d’un médecin suisse protestant.
L’Europe quoi qu’en dise les détracteurs des racines chrétiennes de notre continent s’est fait et s’est défait au long des siècles,
mais la papauté a joué un rôle éminent tout au long des siècles, les rois et empereurs ont souvent œuvré pour leur patrie, influencés par leur foi, même si le résultat a parfois été
calamiteux. Robert Schumann, Jean Monet et bien d’autres étaient des croyants convaincus. De Gaulle était un chrétien pratiquant même lorsqu'il était à
l'Elysée.
Les Droits de l’Homme ne sont-ils pas finalement une émulation de l’Evangile, même si l’Eglise a eu bien du mal à les
reconnaître ? Aimer son prochain, se libérer de nos esclavages pour l’égalité de tous, et la fraternité universelle sont des mots que l’on trouve dans
l’Evangile.
La promotion de l’homme au travail a aussi été un souci de l’Eglise. Léon XIII, avec son encyclique Rerum Novarum a inauguré
l’enseignement social de l’Eglise dans le magistère. Les prêtres ouvriers difficilement acceptés en 1954
ont aussi accompli un travail consiédrable au sein de la classe ouvrière. L’écologie a aussi été un souci de l'Eglise et l’acuité de
cette question correspond bien avec l’intuition fondamentale de la Bible qui nous présente le monde comme un don fragile de Dieu à développer.
Les associations caritatives chrétiennes n’ont pas le monopole du cœur ! Mais l’impulsion initiale qu'elles ont donné dans bien des domaines a souvent été amplifiée par des
croyants qui ont agi en prophètes : avant le Père Damien et Raoul Follereau, qui se souciait des lépreux ? Avant l’abbé Pierre, qui donnait de
la place aux marginaux de l’après-guerre ? Les missionnaires qui vivent dans les « favellas » et des bidonvilles aux quatre coins du
monde ne font jamais la Une du journal télévisé. Pourtant, ils sont sur le terrain de la misère tous les jours.
Enfin, le message même de l’Evangile qui apporte une espérance au-delà de la mort apporte paix et réconfort a tant de personnes. Même
un incroyant ne peut pas mettre en cause le fait que les mourants, les malades, les éprouvés et les blessés de la vie trouvent dans leur foi des forces neuves pour repartir, pour avancer, pour
ressusciter. La prière des croyants, si elle a du mal à transformer le monde, transforme pourtant les croyants eux-mêmes qui cherchent à ressembler, avec plus ou moins de succès, à leur Seigneur
et Maître, Jésus-Christ.
L’Inquisition, les croisades, les affrontements œcuméniques, la colonisation, l'affaire Galilée, les prêtres pédophiles, etc, sont aussi les fruits d’une Eglise
qui, à nos yeux du XXI° siècle, n’a pas été fidèle au message de Jésus. Aujourd’hui encore, il reste du chemin à parcourir. On peut regretter le passé dans ses travers. On peut aussi reconnaître
les mérites et les apports incontestables que le christianisme a développé au sein de notre humanité. Les nier, les rejeter, les minimiser n’est pas une attitude honnête et courageuse. Des
non-croyants, hostiles à l'Eglise et à son dogmatisme ont au moins le courage de reconnaître cela. je les remercie de leur honnêteté. Ouvrons les pages de nos livres d’histoire. Et si nous nous
reconnaissons dans ce message universel de Jésus-Christ, n’oublions pas que la suite de l’histoire est entre nos mains aujourd’hui.
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